enseigner la guerre d'Algérie
classe de première au lycée général
| La guerre d’Algérie, une question sensible à enseigner (janvier 2009) |
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Dossier coordonné par Sandrine Génovèse et Vincent Perlot. Les travaux du groupe lycée ont repris cette année autour des questions sensibles déjà abordées l’année dernière. Les besoins du groupe se sont ancrés autour de la question de la guerre d’Algérie. Non que cette question soit une nouveauté dans nos programmes mais parce que celle-ci fait ressortir des problèmes dans son évocation. Ainsi la guerre d’Algérie est vue comme une question sensible, celle qui dérange à la fois l’élève et le professeur ; celle qui prend sa source dans une polémique. (...) |
| L'armée française en Algérie de 1954 à 1962 |
Par Noëlle Célerier, professeur au lycée Queneau de Villeneuve d'Ascq .
« événements », « opérations de police », « action de maintien de l’ordre », « opération de rétablissements de la paix civile », « entreprise de pacification »
maintien de l’ordre (au début avec la police, puis de plus en plus en se substituant à la police) répression / FLN : pour la plupart des officiers, pas d’insurrection algérienne, mais des actions de « terroristes » venus et dirigés de l’extérieur ; ennemi invisible : « suspect », « hors-la-loi », « rebelle ». pacification : bouclage, ratissage (pour éliminer les influences extérieures nocives et neutraliser les « suspects ») proximité population (école, santé, propagande anti-FLN et pro-France) pour entretenir, créer ou recréer un sentiment francophile ; avec les SAS (sections administratives spécialisées)
dans les Aurès les suspects interpellés doivent être présentés devant un tribunal civil, qui peut les relâcher si pas de charges suffisantes contre eux ® l’armée s’impatiente
D’abord instauré dans les Aurès et la Grande Kabylie, il est étendu à toute l’Algérie en novembre 1955 : c’est désormais à l’autorité militaire de réprimer crimes et délits. rôle accru de la justice militaire répression militaire croissante avec la pratique des représailles collectives, rafles et exécutions sommaires
Les pouvoirs civils sont peu à peu abandonnés aux militairesSubordination progressive de la police à l’armée (complète à partir de la Bataille d’Alger ) Subordination croissante de l’autorité civile en Algérie à l’autorité militaire.
nov 1954 : 60 000 soldats ; juillet 1956 : 405 000 soldats ; été 1958 : 440 000 soldats + les supplétifs ( c’est-à-dire des civils algériens employés par l’armée française comme auxiliaires) qui ont eux aussi augmenté. Parmi eux, les harkis : 2200 en janvier 1957, 10 000 en septembre 1957, 28 000 fin 1958, 60 000 fin 1959 sur un total d’environ 160 000 supplétifs.
Appelés et rappelés* : envoi massif à partir d’avril 1956 (1,7 millions ont servi en Algérie) Service militaire : 18 mois en nov 1950 ; 27 mois en avril 1958 (+ 6 mois avec rappel) * les rappelés (jeunes hommes dont le service militaire était officiellement terminé) partent pour l’Algérie dès septembre 1955
isolement du territoire algérien au sein d’une Afrique du Nord que la France juge hostile (ligne Morice)
des zones interdites les regroupements se multiplient à partir de 1957 (jusqu’à 25% de la popu alg.) contrôle systématique des civils
arrestations parfois dans le cadre de rafles massives,, assignations à résidence, internement dans des camps (le 1er est ouvert à Khenchela en 1955) torture (voir fiche) pratiquée par les DOP (détachement opérationnel de protection) mais aussi par les appelés ex de la bataille d’Alger en 1957
Manifestations dès 1955 avec les premiers rappelés : les motifs sont rarement politiques Refus de servir : les raisons sont politiques (en particulier anticolonialisme) ex d’Alban Liechti en 1956 Le général de Bollardière : demande à être relevé de son commandement et dénonce la torture au printemps 1957 Les témoignages d’appelés qui révèlent la torture dans une presse qui se heurte à la censure (Esprit, Témoignage Chrétien, L’Express, France-Observateur, Le Libertaire, L’Humanité)
Mai 1958 : un épisode en général bien abordé dans les manuels. ® dès octobre 1958, de Gaulle exige que l’engagement politique de l’armée en Algérie cesse. Putsch 1961 : il faut éclairer les raisons de celui-ci (confiance en de Gaulle ; l’armée considère qu’elle prend, en Algérie, sa revanche après l’Indochine ; un sentiment de défiance croissant à l’égard du pouvoir civil depuis que de Gaulle a proposé l’autodétermination en 1959 ® le sentiment de trahison est plus fort chez certains officiers que leur engagement en faveur de l’Algérie française. l’armée et l’OAS : un engagement politique qui concerne seulement une petite partie de l’armée française (comme Salan) à partir de 1961. L’armée, très majoritairement est restée fidèle au pouvoir civil jusque dans l’application des accords d’Evian pour la partie qui lui incombait. Elle a été confrontée aux attentats et aux manifestations organisées par l’OAS : ® la fusillade rue d’Isly mars 1962
au moment de la signature des accords d’Evian de mars 1962, les autorités militaires évaluent ainsi les pertes en Algérie depuis novembre 1954 :
(cf fiche chiffres)
s’organisent en associations : la FNACA, l’UNCAFN et les CATM le statut de combattant : loi votée en décembre 1974 1977 : inhumation des cendres d’un soldat inconnu de la guerre d’Algérie à Notre Dame de Lorette (Pas-de-Calais) |
POLÉMIQUE - Ce conflit reste compliqué à expliquer aux élèves.
Le 18 mars 1962 étaient signés les accords d'Evian, entérinant l’indépendance de l'Algérie après huit années de conflit. Un demi-siècle et deux générations plus tard, l’enseignement de cette page douloureuse de l’Histoire de France reste pourtant compliqué pour les enseignants français.
Peu de temps pour enseigner un conflit complexe
La guerre d’Algérie est extrêmement difficile à expliquer aux élèves, d’autant plus qu’il faut le faire en une ou deux heures maximum. Les enseignants ne peuvent évoquer cet épisode historique qu’en classe de troisième, puis en classe de première.
Mais, au-delà des problèmes d’emploi du temps, l’enseignement de la guerre d’Algérie est surtout rendu compliqué par le fait qu’il s’agit d’un sujet qui concerne pratiquement tout le monde. Chacun a son avis sur cette période trouble, les élèves en ont souvent entendu parler à la maison : beaucoup sont petits-enfants d'appelés, de harkis, de pieds-noirs et parfois les professeurs le sont aussi.
Des élèves ont entendu d’autres histoires
Pourtant, les élèves sont généralement attentifs, à l’image d’Amine et de Sofiane, d'origine algérienne. Ces derniers n'ont pas été totalement satisfaits du cours qu'ils ont eu sur la guerre d'Algérie et pour cause : à la maison, on leur raconte l'Histoire tout autrement.
L’Algérie adopte l’autre point de vue
De l'autre côté de la Méditerranée, on aborde la guerre d'Algérie d’une toute autre manière. A Alger, la guerre d'indépendance est l'équivalent de notre Révolution française, elle est donc largement étudiée : une année entière y est consacrée en primaire, puis une autre au collège et à nouveau au lycée.
Surtout, les livres d'Histoire sont validés par l'Etat avec, à la clef, une vision très subjective des évènements. "C’est une situation coloniale qui est décrite bien entendu par les anciens colonisés donc c’est un discours qui correspond à la vision du colonisé et explique les conditions qui ont poussé à la guerre de libération", décrypte Hassan Remaoun est professeur à l'université d'Oran.
Et ce dernier de conclure : "du côté français, on s’intéresse essentiellement au départ de la France d’Algérie, qui est considéré comme une cassure. Les Algériens, pour eux, la cassure remonte au début du système colonial".
Pourtant, historiens et chercheurs des deux pays ne doutent pas qu'un jour la même Histoire sera enseignée sur les deux rives. Mais cela prendra du temps : à titre de comparaison, il a fallu près de 60 ans à la France et l'Allemagne pour rédiger un manuel d'Histoire franco-allemand.
Table ronde animée par Henry Rousso, directeur de l'institut d'histoire du temps présent (CNRS)
Cette table ronde trouve sa singularité dans la confrontation d'historiens de métier, de professeurs de plein exercice et de représentants d'associations qui ont questionné récemment l'Éducation nationale.
«Il s'agit de favoriser ici une circulation libre de la parole entre différents points de vue.
Pour ce faire, trois questions ont été sommairement définies pour tenir cette table ronde :
- Quelles sont les revendications, les attentes et les propos des différentes associations représentées aujourd'hui, notamment à l'égard de l'enseignement, et quelle est la réponse des représentants de l'Institution ?
- Quelles singularités les différentes associations veulent-elles promouvoir ? Jusqu'où l'enseignement de l'histoire peut-il aller dans la prise en compte (dont il faut précisément débattre) de l'idée que l'histoire de la guerre d'Algérie ou l'histoire du Maghreb contemporain relèveraient d'une singularité historique radicale ?
- Comment passer de ce qui est de l'ordre de la mémoire, c'est-à-dire de l'expérience ou de la transmission directe ou indirecte de situations vécues (celles des acteurs : parents, anciens combattants...), à quelque chose qui est de l'ordre de l'histoire, qui a vocation à être un enseignement, un savoir partagé et non une manière d'entretenir les seules identités particulières ?» extrait de l'introduction d'Henry Rousso..

